| Faire les courses avec
un enfant de 8 ans comme Niels nest pas une mince
affaire. Il vient de disparaître une fois de plus.
Vendredi dernier, Madame Johansen a mis plus dune
demi-heure avant de le retrouver au rayon des légumes en
conserve où il essayait denlever la boîte du
dessous sans faire tomber les autres. Ce
jour-là, Madame Johansen a plus de chance car elle
retrouve immédiatement son fils en train de dévisser la
capsule dune bouteille de camping gaz.

-
Quest-ce que tu fais là?, demande-t-elle affolée.
-
Et bien tu vois, dit lenfant dun air
innocent, je vérifie que la bouteille ne fuit pas!
-
Tu me rendras folle, dit la mère désespérée,
cest horriblement dangereux!
-
Mais tu ne crois pas que ça doit être prévu pour?
-
Peut-être, mais en attendant ce nest pas un jouet,
dit la mère en entraînant Niels vers le rayon des
fruits et légumes. Là, elle choisit des pommes
quelle place dans un sac en plastique.

-
Dis, Maman, comment se fait-il que toutes les pommes
soient de la même couleur et aient la même taille?
-
Je ne sais pas moi, répond la mère, cest parce
quelles sont de la même qualité.
-
Mais comment sait-on quelles sont de la même
qualité?
-
Viens, on va être en retard, coupe Madame Johansen qui
ne veut pas se laisser entraîner dans la série des
"dis, Maman" qui peut durer des heures.
Une
fois installé dans la voiture, Niels pour une fois se
tait. Il semble songeur.
-
Quest-ce quil y a encore?, demande sa mère
déjà passablement énervée par son séjour dans le
grand magasin.
-
Je me demande si le patron du grand magasin parle le
japonais.
-
Et pourquoi parlerait-il le japonais?
-
Pour acheter les consoles de jeux vidéos qui viennent du
Japon, déclare Niels comme si cétait une
évidence.
-
Mais non, pour cela il y a des importateurs qui passent
des commandes dans le monde entier.
-
Alors ce sont eux qui parlent toutes les langues du
monde.
Madame
Johansen préfère se concentrer sur la conduite de sa
voiture car elle sait pertinemment quavec Niels,
elle naura jamais le dernier mot.
Scène
de la vie familiale, sans grande originalité et
pourtant, en quelques minutes, Niels a mis le doigt sur
de nombreuses réalisations de la Commission économique
des Nations Unies pour lEurope (CEE-ONU). Mais
reprenons ...
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Manipuler
des bonbonnes de camping gaz est dangereux et Madame
Johansen est en droit de se mettre en colère contre son
fils Niels. Mais ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'il
existe des mesures de sécurité draconiennes pour tout
ce qui concerne le transport des produits dangereux. Que
ce soit une bonbonne qui contient du gaz, une boîte en
carton qui contient des bouteilles d'acide, une caisse de
dynamite ou un fût de pétrole, tous ces emballages
répondent à des normes très strictes établies par
l'ONU et rendues applicables à l'Europe par la CEE-ONU.
La conformité avec les normes est certifiée, pour les
emballages, par le sigle suivi de quelques lettres et
chiffres identifiant le type d'emballage, le niveau de
sécurité, le fabricant et l'Etat qui contrôle la mise
à l'épreuve et la certification de ces emballages. De
même, la citerne d'un camion transportant de l'essence
et le camion lui-même doivent répondre à des normes de
construction très strictes fixées par la CEE-ONU. En
outre, un certain nombre d'étiquettes ornent ces
emballages et véhicules représentant d'une façon
stéréotypée les dangers du produit contenu. Ces
étiquettes, standardisées au niveau international, ont
elles aussi été élaborées par l'ONU. Le travail de standardisation de la
Commission ne se limite pas aux produits dangereux. Dans
un autre registre, la CEE-ONU soccupe de la
standardisation des fruits et légumes. En effet, lorsque
Niels demande à sa mère "comment se fait-il que
toutes les pommes soient de la même couleur et aient la
même taille?", il soulève sans le savoir un
problème essentiel du commerce international des fruits
et légumes qui représente plusieurs dizaines de
milliards de dollars par an. Comment un importateur de
pommes norvégien peut-il être certain de la qualité
des fruits quil commande à un producteur
français? Afin déviter tout litige, la CEE-ONU a
établi pour les fruits et légumes les plus
commercialisés dans la région une série de normes qui
sont respectées par tous les producteurs et qui vont
permettre de coter les fruits et légumes comme
nimporte quelle autre marchandise.
Limportateur désireux dacheter des pommes de
qualité "extra" en France sait ainsi
davance à quoi correspondra larrivage qui
lui parviendra.
Pour rester dans le domaine du
commerce international, la seconde question de Niels est,
elle aussi, des plus importantes. Dans quelle langue un
importateur norvégien commande-t-il des jeux vidéos au
Japon? Ce que Niels ignore, cest que le problème
est encore plus compliqué quil ne le croit car,
dans la transaction, il ny a pas que deux personnes
en cause - lexportateur et limportateur. Il y
a aussi les transporteurs, les douanes nippones et
norvégiennes, les assureurs et bien dautres
personnes quil ne soupçonne pas. Et tous ces
agents parlent une langue différente et demandent de
remplir des formulaires différents. Si vous additionnez
toutes ces formalités et les divers idiomes quil
faut manier couramment pour le transfert de la console de
jeux depuis le producteur japonais jusquau
consommateur Niels, un régiment de bureaucrates
polyglottes serait nécessaire sil nexistait
lONU/EDIFACT, une création de la CEE-ONU.
Quest-ce
que lONU/EDIFACT? A lorigine créé pour la
seule région de la Commission économique des Nations
Unies pour lEurope, lONU/EDIFACT est à
lheure actuelle le standard international employé
dans le monde entier pour transférer des informations
non seulement sur des biens mais aussi des services. Il
sagit dun système de formatage des données
et de codage international interprétable par ordinateur.
En clair, limportateur norvégien envoie un message
ONU/EDIFACT à lexportateur japonais pour commander
ses consoles. Ce message est immédiatement reçu et
décodé sous forme de bon de commande par
lordinateur nippon. Mais là où le système
ONU/EDIFACT est particulièrement performant, cest
que, par la suite, les données de ce même message
seront automatiquement transformées et transmises aux
assureurs, aux transporteurs et aux douanes sous une
forme telle que les formulaires des différents agents
seront automatiquement remplis. Grâce à
lONU/EDIFACT, les barrières linguistiques sont
aplanies et la paperasserie disparaît.
Là
ne sarrête pas lutilité de
lONU/EDIFACT. En payant sa boîte de tomates en
conserve, Madame Johansen a déclenché tout un
mécanisme. Le code-barre lu par la caisse est
enregistré par lordinateur du magasin. La boîte
de tomates qui vient dêtre vendue est
immédiatement déduite du stock. Lorsque le stock est
trop bas, lordinateur envoie un message ONU/EDIFACT
au grossiste. Celui-ci, à son tour, enverra un message
similaire à la conserverie et ainsi de suite.
LONU/EDIFACT
représente un gain de temps et surtout dargent qui
se chiffre en centaines de milliards de dollars par an.
Ainsi, pour une grande entreprise, le coût du traitement
manuel dune facture est en moyenne de 40 dollars;
grâce à lONU/EDIFACT, ce coût est ramené à 12
dollars. Or, comme il nest pas rare quune
grande entreprise traite jusquà 10 millions
de factures par an, léconomie atteindra dans ce
cas 280 millions de dollars.
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