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L'économie yougoslave en 2001 et la stabilité en Europe du Sud-Est La Commission économique pour l'Europe publie le premier numéro de l'Étude sur la situation économique de l'Europe, 2001

publié: 10 mai 2001

"Le nouveau gouvernement démocratiquement élu de la Yougoslavie doit faire face à des problèmes économiques qui sont parmi les plus complexes et les plus graves qu'aient rencontrés les pays en transition depuis 1989", souligne Mme Danuta Hübner, Secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l'Europe, commentant le dernier numéro de l'Étude sur la situation économique de l'Europe, que vient de publier la CEE-ONU. "Les années 80, décennie perdue pour le développement, avaient déjà été difficiles pour l'ex-République socialiste fédérative de Yougoslavie, mais les années 90 ont été catastrophiques, marquant une véritable régression économique".

Le PIB par habitant, qui représentait environ 46 % du PIB moyen de l'Union européenne en 1980, était tombé à 34 % en 1990 et, d'après des estimations approximatives, aurait chuté à moins de 25 % en 2000. À la tête d'un pays ravagé par une série de guerres qui a culminé en 1999 avec le conflit du Kosovo, par la mauvaise répartition chronique des ressources sous le régime autoritaire, par les sanctions économiques et par sa mise à l'écart de la communauté internationale, pays également affaibli par la corruption généralisée au sein de l'élite dirigeante qui s'est approprié une part considérable des ressources de l'État, le nouveau gouvernement hérite d'une économie caractérisée par des déséquilibres macroéconomiques bien plus prononcés que dans les autres pays en transition, y compris la Russie. Le régime précédent dissimulait ces déséquilibres en contenant l'inflation et en subventionnant les entreprises de manière occulte.

Faute de s'attaquer aux causes structurelles de l'hyperinflation de 1992-1994, le gouvernement précédent a laissé s'accumuler un énorme déficit quasi budgétaire, gonflé par les pertes des entreprises publiques qui équivalaient à 123 % du PIB à la fin de 1998; ce déficit constitue le principal déséquilibre auquel l'actuel gouvernement doit faire face. La dette publique et la dette extérieure, qui s'élèvent à quelque 12,2 milliards de dollars, représentent chacune bien plus de 100 % du PIB. Or, les tentatives pour redresser la situation se heurtent à de nombreux problèmes étroitement liés. Il faudra injecter beaucoup d'argent public dans les entreprises endettées pour les aider à redresser leur situation financière. Parallèlement, pour mettre un terme à l'accumulation de dettes, il faudra imposer de sévères restrictions budgétaires dans un contexte d'économie de marché. Mais la rigueur budgétaire menacera au moins 30 % des actifs occupés, que l'on estime sous-employés dans les entreprises publiques, dans un pays où le taux de chômage officiel est déjà de 27 %. La restructuration des entreprises suppose une réforme du système complexe de propriété sociale et publique. Il faudra en outre libéraliser le régime des prix relatifs, qui est considérablement faussé, pour permettre une meilleure répartition des ressources.

Le gouvernement devra aussi s'atteler à deux autres grandes tâches, à savoir la réforme des finances publiques et de la fiscalité et la restructuration des banques. Les fonds propres des banques sont au plus bas et elles ont besoin d'énormément d'argent frais pour pouvoir reconstituer leurs capitaux.

Le gouvernement doit s'efforcer d'appliquer ce vaste programme de réformes dans un pays dont la population, qui a vu ces dix dernières années son niveau de vie chuter et une grande partie de son épargne fondre du fait de l'hyperinflation et des ponctions du gouvernement, n'a guère confiance dans les institutions financières nationales, se méfie des institutions gouvernementales et s'irrite de ce qu'elle considère comme une ingérence étrangère excessive. Quelles que soient les réformes adoptées, certains groupes vont inévitablement voir leurs conditions de vie se dégrader encore. Dans ces conditions, il pourrait être dommageable et dangereux d'attendre, pour offrir une assistance au Gouvernement yougoslave, que l'ancien Président ait été déféré au Tribunal pénal international de La Haye comme le demande la communauté internationale. Ainsi qu'on l'a souligné à plusieurs reprises dans des numéros antérieurs de l'Étude, le redressement économique de la Yougoslavie est une condition essentielle de la paix, de la prospérité et de la stabilité dans l'ensemble de l'Europe du Sud-Est. La stabilité de la région reste extrêmement précaire, comme l'ont montré les événements survenus récemment dans l'ex-République yougoslave de Macédoine et en Bosnie-Herzégovine. Sans préjudice des obligations juridiques de la Yougoslavie envers le Tribunal de La Haye, le Gouvernement yougoslave doit donner la priorité immédiate au lancement d'un train de réformes et à l'amélioration du niveau de vie de la population. Or, il ne pourra le faire sans une aide massive de l'étranger. Il semble que les institutions financières internationales agissent maintenant plus rapidement et plus efficacement en Europe du Sud-Est qu'elles ne l'ont fait en Europe centrale dans les années 90, mais elles ne pourront probablement pas répondre à la totalité des besoins. Il faut aussi que l'Union européenne fasse sans attendre un geste généreux et que son assistance prenne en grande partie la forme d'une aide financière non génératrice de dette et consiste également à préparer la Yougoslavie à adhérer, à terme, à l'Union. Il est également urgent de rééchelonner et de réduire la dette extérieure du pays. À ce jour, les sommes envisagées par la communauté internationale restent bien inférieures à celles dont le Gouvernement yougoslave estime avoir besoin. "Avec une aide rapide et suffisante", souligne Mme Hübner, "il y a des chances que l'appui dont bénéficient actuellement les réformes libérales du Gouvernement ne cède pas la place à une opposition pure et simple et que l'économie s'engage durablement sur la voie de la croissance et du changement".

Réf.:  ECE/GEN/01/09


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