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FAIBLE CROISSANCE ÉCONOMIQUE AUX ÉTATS-UNIS ET PERSPECTIVES PLUS FRAGILES POUR L'EUROPE - La CEE-ONU publie le premier numéro de l'Étude sur la situation économique de l'Europe, 2001

publié: 10 mai 2001

(copy 1)

Commentant le dernier numéro de l'Étude sur la situation économique de l'Europe que la CEE-ONU vient de publier, la Secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l'Europe (CEE-ONU), Mme Danuta Hübner, a souligné que "les perspectives économiques à court terme pour les pays occidentaux à économie de marché ne paraissaient pas très favorables, du fait principalement du ralentissement étonnamment brutal de la croissance économique aux États-Unis depuis le second semestre 2000, de la situation au Japon, où le mouvement de reprise marquait le pas, et du fléchissement de la croissance en Europe occidentale même".

Les perspectives pour 2001 en bref

Dans les deux premières puissances économiques du monde, l'activité est en train de fléchir rapidement ou continue de stagner. Cette évolution, qui a commencé à avoir des répercussions sur l'économie par le biais de la variation des exportations nettes des autres régions du monde, a conduit à revoir progressivement à la baisse les prévisions de croissance, en particulier pour les États-Unis, à partir de la fin de 2000 (graphique 1).

Graphique 1

Croissance du PIB réel dans la région de la CEE en 2001 : variations des prévisions, janvier 2000-mars 2001 (Variation en pourcentage par rapport à l'année précédente)

(copy 2)

Source : Consensus Forecast.

a Grèce comprise à partir de janvier 2001.

Aux États-Unis, on prévoit maintenant pour 2001 une progression d'à peine quelque 1,75 % du PIB réel, ce qui représente une décélération très brutale par rapport au taux de croissance moyen de 5 % enregistré en 1999. Au Japon, le rythme de croissance devrait être tout juste supérieur à 1 % en 2001 et encore cela n'est pas certain vu les désaccords au sujet de la politique économique et les retards dans le lancement d'un énième programme de sauvetage économique. Apparemment, les moteurs de la croissance résistent un peu mieux en Europe occidentale. Dans la zone euro, selon les prévisions actuelles, le taux de croissance du PIB réel qui avait atteint 3,4 % en 1999 devrait être de l'ordre de 2,5 % en 2001, soit un résultat inférieur d'un demi-point de pourcentage à celui prévu à l'automne dernier. Pour l'Union européenne et l'Europe occidentale dans son ensemble (tableau 1), les changements attendus sont très comparables. Pour les pays industriels considérés globalement, de 3,8 % en 2000, le taux moyen de croissance va probablement tomber en 2001 à quelque 2 %, progression annuelle la plus faible enregistrée depuis 1993.

TABLEAU 1

Variation annuelle du PIB réel en Europe occidentale, en Amérique du Nord et au Japon,
au cours de la période 1998-2001
(Variation en pourcentage par rapport à l'année précédente)

 

1998

1999

2000a

2001b

France

3,3

3,2

3,2

2,7

Allemagne

2,1

1,6

3,0

2,1

Italie

1,8

1,6

2,9

2,5

Autriche

3,3

2,8

3,3

2,6

Belgique

2,4

2,7

3,9

2,5

Finlande

5,3

4,2

5,7

4,0

Grèce

3,1

3,4

4,0

4,0

Irlande

8,6

9,8

10,0

7,5

Luxembourg

5,0

7,5

8,1

6,2

Pays-Bas

4,1

3,9

3,9

3,3

Portugal

3,6

3,0

3,2

2,6

Espagne

4,3

4,0

4,1

3,0

Zone euro

2,8

2,6

3,4

2,6

Royaume-Uni

2,6

2,3

3,0

2,5

Danemark

2,8

2,1

2,4

1,8

Suède

3,6

4,1

3,6

2,5

Union européenne

2,8

2,6

3,3

2,6

Chypre

5,0

4,5

4,9

4,1

Islande

4,5

4,3

3,6

1,3

Israël

2,2

2,3

3,0

3,0

Malte

3,4

4,0

4,3

4,3

Norvège

2,0

0,9

2,2

1,5

Suisse

2,3

1,5

3,3

2,1

Turquie

3,1

-5,0

7,0

-

Europe occidentale

2,8

2,2

3,5

2,5

Canada

3,3

4,5

4,7

2,4

États-Unis

4,4

4,2

5,0

1,7

Amérique du Nord

4,3

4,3

5,0

1,8

Japon

-1,1

0,8

1,7

1,2

Total

2,8

2,8

3,8

2,0

Pour mémoire :

 

 

 

 

Les 4 principaux pays d'Europe occidentalec

2,4

2,1

3,0

2,5

Europe occidentale et Amérique du Nord

3,6

3,2

4,2

2,1


Source : Statistiques nationales et rapports économiques nationaux.

Note : Israël n'est pris en compte dans aucun agrégat. Les taux de croissance des agrégats régionaux correspondent aux moyennes pondérées des taux de croissance des différents pays. Les coefficients de pondération ont été calculés à partir des chiffres du PIB de 1996 convertis de l'unité monétaire nationale en dollars au moyen des parités de pouvoir d'achat.

a Estimations préliminaires ou prévisions.

b Prévisions.

c Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni.

Ralentissement aux États-UnisAux États-Unis, après une longue phase d'expansion qui, si elle s'est poursuivie au premier trimestre 2001, aura duré 10 ans, on s'attendait en 2001 à un ralentissement de l'activité économique compte tenu du durcissement de la politique monétaire et des effets du renchérissement de l'énergie sur le revenu réel. En fait, ce ralentissement était jugé hautement souhaitable vu que, depuis un certain temps, la production effective connaissait un rythme de progression bien supérieur au potentiel de croissance, d'où des risques accrus de surchauffe et "d'atterrissage brutal". À cela s'ajoutaient les inquiétudes grandissantes suscitées par les énormes déséquilibres accumulés au cours des cinq années écoulées par suite d'une explosion des investissements et de la consommation qui ne pouvait pas durer indéfiniment. Les déséquilibres se traduisaient par une contraction de l'épargne des ménages, tombée à un très bas niveau (en fait, on a même observé un phénomène de désépargne en 2000), l'accroissement de la dette des entreprises et des ménages qui était désormais considérable, un très lourd déficit de la balance des opérations courantes et, enfin - mais ce point n'est pas le moins important -, l'existence d'une bulle boursière, notamment, ce phénomène touchant particulièrement, mais pas seulement, le marché des valeurs de haute technologie.Les scénarios "d'atterrissage en douceur", qui supposent que l'expansion économique ralentisse progressivement jusqu'à revenir à un taux légèrement inférieur au potentiel de croissance reposent essentiellement sur l'hypothèse d'une élimination bien maîtrisée de ces déséquilibres. Si les choses se passaient ainsi, les inévitables coûts d'ajustement à la charge du reste du monde seraient suffisamment étalés dans le temps. Mais en réalité, aux États-Unis, après le deuxième trimestre 2000, la conjoncture s'est brusquement retournée, cette évolution inattendue venant nous rappeler brutalement combien il est difficile de prévoir les points d'inflexion du cycle. La fièvre d'investissement dans le secteur du matériel informatique, qui avait été l'un des principaux moteurs de la croissance prolongée, est retombée du fait de l'augmentation de la capacité de production excédentaire dans le secteur manufacturier. À cela s'est ajoutée au dernier trimestre 2000 une forte contraction de la demande de biens de consommation durables et d'exportations, entraînant un gonflement des stocks excédentaires et un fléchissement de l'activité industrielle. Face à la dégradation de la conjoncture économique, les autorités monétaires des États-Unis ont très vite réagi. Entre janvier et mars 2001, l'objectif pour le taux des fonds fédéraux a été abaissé en trois temps de 1,5 point de pourcentage. Dans ces conditions et vu également la diminution des bénéfices industriels et commerciaux effectifs et prévus, les cours de toute une série d'actions ont chuté au premier trimestre 2001, ce qui a eu des conséquences préjudiciables sur la fortune nette des ménages et les ratios d'endettement des entreprises.Si toute phase de croissance vigoureuse et prolongée est toujours plus ou moins génératrice de déséquilibres - lesquels sont dans une large mesure la conséquence d'anticipations par trop optimistes concernant la production et les bénéfices - aux États-Unis, en particulier sur les marchés financiers, le phénomène a pris une ampleur quelque peu excessive, qui n'aurait pas été possible sans la généreuse expansion du crédit autorisée par la Réserve fédérale. Mais les erreurs d'appréciation de ce genre sont toujours plus faciles à diagnostiquer a posteriori et il est bien souvent impossible de les éviter sans porter un coup d'arrêt à la croissance elle-même.Fléchissement de l'activité économique en Europe en 2001En Europe occidentale, la reprise conjoncturelle a conservé assez de vigueur au second semestre 2000, mais le rythme de la croissance économique s'est notablement ralenti. Le point de vue optimiste selon lequel les économies européennes seraient dans une large mesure à l'abri de la dégradation de la conjoncture dans le reste du monde a été démenti par les faits comme en témoignent les nouvelles prévisions concernant le PIB en 2001, qui ont été revues sensiblement à la baisse, ainsi que le très net recul de l'indice de confiance des chefs d'entreprise en Allemagne, première puissance économique d'Europe occidentale. De nombreux prévisionnistes estiment aujourd'hui que le PIB réel de l'Allemagne ne devrait progresser que de 2 % en 2001, alors qu'à l'automne 2000 le taux de croissance escompté était de 2 3/4 %.La décision prise il y a quelque temps déjà par un certain nombre de gouvernements européens d'appliquer une politique budgétaire plus expansionniste, essentiellement en réduisant l'impôt sur le revenu en 2001, est donc une bonne chose. Au Royaume-Uni et en Suisse, la Banque centrale a également abaissé les taux d'intérêt au début de 2001 pour soutenir l'activité économique.En revanche, dans la zone euro, en dépit de moins bonnes perspectives de croissance, la BCE n'a pas modifié son principal taux de refinancement qui est de 4 3/4 % depuis octobre 2000, date à laquelle elle avait décidé de le relever d'un quart de point de pourcentage alors même que les signes d'un ralentissement devenaient visibles.Principaux risques de dégradationL'un des principaux risques de dégradation par rapport aux prévisions actuelles de croissance - si l'on excepte l'évolution de la situation au Japon - tient aux incertitudes concernant l'évolution de la conjoncture économique aux États-Unis. Le taux de croissance annuel escompté - 1 3/4 environ - suppose un redressement limité de l'activité courant 2001, vu que l'effet de report statistique de la croissance enregistrée au dernier trimestre 2000 est égal à 0,8 point de pourcentage. Actuellement les prévisionnistes s'accordent à penser que ce redressement sera suivi d'une nouvelle consolidation de la croissance en 2002.Mais il se pourrait bien que ce scénario se révèle trop optimiste et que la baisse cyclique de l'activité se prolonge. L'évolution de la situation dépendra pour beaucoup de la mesure dans laquelle les ménages privés auront le désir ou seront contraints d'ajuster leurs dépenses (et leur épargne) pour faire face à la dégradation de la conjoncture économique et à la dépréciation de leur patrimoine financier consécutive à la baisse sensible du cours des actions (baisse qui, au moment où ces lignes étaient écrites, n'était toujours pas enrayée). De plus, il est pour l'instant difficile d'évaluer les répercussions du ralentissement conjoncturel sur les dépenses d'investissement des entreprises. L'existence d'une capacité excédentaire relativement importante dans le secteur manufacturier aura tendance à affaiblir le principe d'accélération selon lequel l'investissement net est fonction des variations de la production. Le freinage induit par la contraction des bénéfices, l'augmentation des coûts de financement liée à la baisse des cours des actions et la nécessité de réduire la dette considérable des entreprises s'en trouvera amplifié. De façon plus générale, l'efficacité de la politique monétaire plus expansionniste appliquée aux États-Unis risque d'être limitée dans un environnement marqué surtout par l'existence d'un excédent de capacité et la nécessité d'assainir le bilan des entreprises du secteur privé.Aux États-Unis, le redressement indispensable du compte des opérations courantes, trop lourdement déficitaire (en 2000 ce déficit s'élevait à 435 milliards de dollars, soit environ 4,4 % du PIB) ne saurait aller sans une reconstitution de l'épargne du secteur privé. Mais encore faut-il que les étrangers veuillent bien détenir des actifs libellés en dollars. Or, vu la dégradation de la situation économique et les risques de dépréciation du dollar, il est à craindre que ceux-ci se montrent de plus en plus réticents. Les avis sont partagés sur le point de savoir si la fermeté persistante du dollar tient à ce que, alors que les perspectives concernant l'évolution de la situation au niveau mondial sont plus incertaines, cette monnaie joue le rôle de valeur refuge ou à ce que l'on anticipe, à la suite de l'assouplissement de la politique monétaire un redressement rapide de la demande intérieure. Mais aucun des deux scénarios n'est de bon augure pour la stabilité de l'économie mondiale. Une reprise rapide tirée par la demande intérieure ne ferait que différer la réduction inévitable des déséquilibres intérieur et extérieur, condition nécessaire à l'amorce d'une nouvelle expansion durable. Plus on attendra pour procéder à ces ajustements, plus il est à craindre que lorsqu'ils finiront par se produire, ceux-ci entraînent des changements de comportement très brutaux, ce qui augmenterait considérablement le risque de crise financière internationale. La réduction du déficit extérieur des États-Unis suppose une diminution correspondante de l'excédent de la balance extérieure du reste du monde et le plus difficile sera de réduire ces déséquilibres en perturbant le moins possible l'activité économique au niveau mondial.

"Vu la faiblesse conjoncturelle actuelle aux États-Unis et la faiblesse chronique de l'économie japonaise", conclut Mme Hübner, "le processus d'ajustement sera fortement tributaire d'une consolidation de la croissance économique en Europe occidentale. Non seulement celle-ci contribuerait à réduire les risques de dégradation de la situation économique mondiale mais en outre elle cadrerait avec les ambitions des pays de la région qui souhaitent faire de l'Europe la première puissance économique du monde".

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